J’avais écrit l’an dernier un article sur Skywood House, la maison de verre de l’architecte anglais Graham Phillips. Voici aujourd’hui, modélisée avec Blender, cette demeure à l’esthétique minimaliste construite en 2001 à Denham, dans le comté de Buckingham, au nord-ouest de Londres.

Skywood House, façade nord-ouest (cliquer pour agrandir)

Skywood House, façade nord-ouest (cliquer pour agrandir).

L’architecte bâtit deux volumes adjacents. Le premier, au nord-ouest, se prolonge par une terrasse faisant face au lac et reçoit le soleil de l’après-midi et du couchant. Il abrite la cuisine, le salon et sa grande cheminée. C’est une salle sans cloison, si ce n’est un paravent escamotable qui permet de séparer la cuisine de la salle à manger. Le carrelage de la pièce se prolonge sur la terrasse, atténuant la démarcation entre espaces intérieur et extérieur.

Skywood House, façade sud-est (cliquer pour agrandir)

Skywood House, façade sud-est (cliquer pour agrandir).

Le volume sud-est, plus intime, est invisible depuis le lac, protégé des regards par un long mur. Il contient quatre chambres dont les vitres donnent sur le jardin et les bois. Les chambres, dont chacune dispose de sa salle de bain, sont desservies par un couloir qui travers le bâtiment.

L’entrée de la maison est située au point de contact entre les deux bâtiments. Une allée pavée, longeant un pare-terre de graviers noirs qui évoque un jardin minéral zen, la relie au garage, posé à l’écart.

Un geste architectural

Les principales contraintes auxquelles Graham Phillips doit faire face sont la faible surface constructible – le terrain est tout en longueur et essentiellement occupé par le lac – et la nécessité de préserver les beaux arbres présents sur le site. Il construit donc une maison de petites dimensions et constituée de plusieurs volumes s’adaptant à la morphologie du terrain ; une élégante maison de verre, sans étage, tirant parti du paysage.

Skywood House, principe de construction.

Skywood House, principe de construction.

Il pose une dalle de béton en bordure du petit lac. Sur celle-ci, il érige quatre lames de béton s’étirant dans des directions opposées : un signe dans l’espace, un graphisme abstrait qui n’évoque guère le plan d’une maison traditionnelle, quatre pans aveugles – les seuls murs de la construction.

Ceux-ci, aidés de colonnes métalliques, soutiennent les toits plats. Les autres façades, libérées de toute contrainte, n’ayant à supporter que leur propre poids, sont de vastes baies vitrées ouvrant sur la nature, les bois, le lac.

Une demeure expérimentale

La maison Skywood semble flotter sur le petit lac qui reflète sa blancheur immaculée et sa transparence de cristal. C’est au crépuscule, lorsque ses lumières jouent avec la surface de l’eau, qu’elle offre le plus saisissant spectacle.

Skywood House, de nuit (cliquer pour agrandir)

Skywood House, de nuit (cliquer pour agrandir).

Par sa conception audacieuse, son minimalisme affirmé, sa géométrie sans concession, c’est une demeure expérimentale, un manifeste d’architecte. En revanche, qu’elle soit une maison « à vivre », rien n’est moins sûr… sauf si ses occupants sont des adeptes du vide absolu et des maniaques de l’ordre le plus rigoureux !

Mondrian, composition n° 10, 1939-1942Vivre dans un Mondrian : c’est un peu le programme de la maison Schröder, construite à Utrecht, aux Pays-Bas, entre 1924 et 1925 par le designer et architecte Gerrit Rietveld. Cette demeure, aux dimensions modestes mais à l’esthétique radicale, emprunte au peintre néerlandais son vocabulaire plastique : de grandes surfaces blanches ou grises ; des notes vives de couleurs primaires, jaune, bleu, rouge ; des lignes verticales et horizontales noires qui forment l’ossature de la composition.

Mais Rietveld est architecte ; il travaille en trois dimensions. Aussi ne se contente-t-il pas de peindre sa construction : il en éclate le volume, morcelle les murs en plans rectangulaires plus petits qu’il agence dans l’espace. De grandes poutrelles métalliques fichées dans le sol soutiennent les porte-à-faux. Rietveld ne cherche pas à cacher ces éléments industriels bruts : il les montre au contraire, les met en évidence, peints en noir ou avec des couleurs vives.

Maison Schröder

Maison Schröder, façade (cliquer pour agrandir).

Il crée trois balcons, sur les faces libres de la maison (à l’arrière, un mur aveugle est adossé à un autre bâtiment). Deux des balcons sont munis de simples garde-fous en cornières métalliques. À celui de la façade, il ajoute un parapet qui semble presque flotter dans le vide. L’effet, saisissant, signe la construction.

Maison Schröder

Maison Schröder, angle sud-est (cliquer pour agrandir).

La maison Schröder est née d’une étroite collaboration entre Rietveld et sa cliente – et amante – Truus Schröder-Schräder, femme à l’esprit moderne et libéral, qui fréquentait l’avant-garde artistique et se passionnait pour l’architecture et la philosophie. À la disparition de son mari, elle décida de commencer une nouvelle vie, plus en accord avec ses idées et, tout d’abord, de faire construire pour elle et ses enfants une demeure originale.

Maison Schröder

Maison Schröder, angle nord-est (cliquer pour agrandir).

Si le plan du rez-de-chaussée est assez traditionnel, avec des pièces délimitées par des murs et des portes, le premier étage – où Mme Schröder-Schräder vivait et recevait – est un vaste espace ouvert que des cloisons coulissantes permettent de moduler au gré des envies et des besoins. Le mobilier et les luminaires ont également été conçus par Rietveld.

Maison Schröder

Maison Schröder, coté nord (cliquer pour agrandir).

J’agrandis ma collection de mobilier virtuel avec la chaise LC1, créée en 1928 par trois architectes et designers : Le Corbusier, son cousin Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand.

Chaise LC1, Le Corbusier, 1928.

La chaise LC1 (cliquer pour agrandir)

Les accoudoirs sont de simples courroies de cuir, tandis que l’assise et le dossier (orientable) sont tendus sur le cadre d’acier chromé par de longs ressorts, comme on peut le voir sur la seconde image :

Chaise LC1, Le Corbusier, 1928.

La chaise LC1 (cliquer pour agrandir)

Modélisation du fauteuil LC3, dit « grand confort », que Le Corbusier créa en 1929. L’alliance du cuir traditionnel et d’une structure moderne en tubes d’acier chromé constitue l’originalité de ce fauteuil aux lignes géométriques, qui est devenu une icône du design.

Prenez place – en imagination – sur ce siège luxueux ; vous aurez rarement l’occasion de le faire en réalité : édité par la société italienne Cassina dans sa collection « I Maestri », il coûte aux alentours de 3 000 €.

Je débute avec ce fauteuil une série consacrée au mobilier d’intérieur, dans le but d’utiliser ces modèles pour l’ameublement d’un nouveau projet d’architecture sur lequel je travaille en ce moment.

Fauteuil LC3, Le Corbusier, 1929.

Le fauteuil LC3 (cliquer pour agrandir)

Aux côtés de la Maison de la cascade (Fallingwater), du Musée Guggenheim de New York ou du siège de la société Johnson Wax, la Maison Robie est l’une des plus célèbres réalisations de Frank Lloyd Wright (1867-1959). Construite à Chicago en 1910 pour Frederic C. Robie, cette demeure est caractéristique du « style prairie » cher à l’architecte : des demeures à l’horizontalité marquée, de vastes espaces intérieurs ouverts, des matériaux naturels (bois, briques et tuiles de terre cuite, etc.)

Angle sud-ouest de la Maison Robie

Angle sud-ouest (cliquer pour agrandir)

L’alignement des colonnes de brique de la façade et les toits en pente douce dont les grands porte-à-faux projettent leur ombre sur les terrasses et balcons, caractérisent cette construction. Malgré son apparence peu élevée, la maison comporte un rez-de-chaussée — un peu sous le niveau du terrain et en partie masqué par un long muret — ainsi que deux étages. Le premier étage est constitué d’une vaste pièce sans cloison, la grande cheminée qui traverse toute la maison du haut en bas servant de séparation entre le salon et la salle à manger. Chaque extrémité de cette pièce forme une « proue » triangulaire caractéristique. Au deuxième étage se trouvent les chambres et salles de bain attenantes. Un second bâtiment, moins haut, est accolé au corps principal. Il abrite le garage et, au-dessus, les chambres des domestiques.

Angle sud-est de la Maison Robie

Angle sud-est (cliquer pour agrandir)

Frank Lloyd Wright s’est ingénié à briser les lignes du bâtiment, multipliant les plans horizontaux et verticaux, les escaliers, les décrochements, les recoins, les alcôves. Il faut, pour se déplacer dans cette maison-labyrinthe, constamment tourner, monter quelques marches, en descendre d’autres. Faisant le tour de la demeure, on cherchera en vain l’entrée principale : ce n’est qu’une petite porte sans prétention, située dans un renfoncement de la cour intérieure, près du garage.

Cour du garage de la maison Robie

Cour du garage (cliquer pour agrandir)

On ne saurait parler de la Maison Robie sans mentionner les superbes vitraux, dessinés par l’architecte, qui ornent la plupart des fenêtres. Cependant, je ne les ai pas représentés : trop de travail pour des vues d’ensemble sur lesquelles ils auraient été peu visibles.

Étant donné la complexité de la construction et le manque de plans précis, j’ai dû dresser mes propres plans, en les comparant aux photographies, heureusement nombreuses, dont je disposais, avant de passer à la modélisation. Ce travail de préparation et de documentation est long mais intéressant, la modélisation en elle-même étant un processus assez mécanique et répétitif. Ne cherchant pas à obtenir un rendu photographique mais des images montrant clairement la structure du bâtiment, j’ai supprimé la plupart des textures que j’avais crées, ne conservant que celle des murs de brique, et appliquant de simples aplats de couleur ailleurs.