Modeste, tant par ses dimensions que par la rusticité des matériaux employés, la maison Jacobs n’en constitue pas moins l’un des archétypes de l’architecture du vingtième siècle. Construite en 1936 à Madison, dans le Wisconsin, elle fut la première résidence usonienne édifiée par Frank Lloyd Wright. Ce concept nouveau, que l’architecte imagina lors de la dépression économique des années trente, devait permettre à la middle class américaine de s’offrir des demeures originales, conçues selon un système modulaire et bâties avec des matériaux locaux bon marché.

La maison Jacobs (cliquer pour agrandir)

Vue du jardin 1 (cliquer pour agrandir)

L’aspect financier n’était cependant pas le principal souci de Wright et de ses clients : parmi la centaine de résidences qu’il réalisa selon ce principe, certaines coutèrent fort cher. Habiter une demeure usonienne, c’était avant tout adopter un style de vie différent, plus décontracté, plus proche de la nature, que l’on pourrait qualifier, en usant d’une terminologie contemporaine, de « bourgeois bohème ».

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Vue du jardin 2 (cliquer pour agrandir)

La maison présentée ici, parfois dénommée « Jacobs I », fut la première que Wright construisit pour la famille du journaliste Herbert Jacobs. Elle constitue le plus ancien et le plus pur exemple du style usonien.

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Fenêtres du salon (cliquer pour agrandir)

Elle ne possède pas de fondations mais est directement érigée sur une dalle de béton qui renferme les canalisations dans lesquelles circule l’eau chaude assurant le chauffage par le sol (c’est l’une des toutes premières expérimentations de ce mode de chauffage). Une grille de 2×4 pieds est gravée à la surface de la dalle, matérialisant le module de base de la construction.

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Plan de la maison (cliquer pour agrandir)

La maison Jacobs est conçue selon un plan en « L » dont les deux branches se rejoignent au niveau de la salle de bain et de la cuisine, le workspace, que l’architecte considérait comme le centre nerveux des activités domestiques. L’une des ailes abrite le salon et sa grande cheminée de brique, la cuisine, la petite salle à manger et la salle de bain. Cuisine et salle de bain sont séparées par un étroit escalier permettant d’accéder à la chaudière, située au sous-sol. Dans l’autre aile sont placées les chambres ainsi qu’un petit bureau à l’écart. Quant au garage, il est remplacé par un simple porte-à-faux de l’un des toits plats de la maison.

La maison Jacobs (cliquer pour agrandir)

Vue du garage (cliquer pour agrandir)

La brique est utilisée avec parcimonie, essentiellement au niveau de la salle de bain, de la cuisine, du salon et de son imposante cheminée. Afin de réaliser des économies, Frank Lloyd Wright utilisa des briques de rebus – irrégulières ou brûlées – provenant d’un autre de ses chantiers, le siège de la société Johnson Wax.

La cheminée (cliquer pour agrandir)

La cheminée (cliquer pour agrandir)

Les autres cloisons sont soit des portes vitrées soit des panneaux légers constitués de papier isolant pris en sandwich entre des planches de bois. Frank Lloyd Wright plaça des étagères sur toute la longueur du plus grand de ces panneaux : ils servent de rayonnages pour la bibliothèque tout en renforçant la rigidité de la cloison. Côté rue, les murs sont presque aveugles, seulement percés d’étroites lucarnes placées en hauteur. À l’inverse, de grandes fenêtres s’ouvrent sur le jardin.

Vue du salon (cliquer pour agrandir)

Vue du salon (cliquer pour agrandir)

Le système d’éclairage est des plus sommaires : de simples rails métalliques accrochés au plafond, sur lesquels sont montées des ampoules nues. Les plafonds sont constitués de planches de bois disposées de manière à former un motif en escalier. Utilisant des matériaux de récupération, rognant sur ses honoraires ainsi que sur les frais de construction, Frank Lloyd Wright réussit la prouesse de bâtir cette demeure pour un total de 5 500 $.

Cuisine et salle à manger (cliquer pour agrandir)

Cuisine et salle à manger (cliquer pour agrandir)

J’avais écrit l’an dernier un article sur Skywood House, la maison de verre de l’architecte anglais Graham Phillips. Voici aujourd’hui, modélisée avec Blender, cette demeure à l’esthétique minimaliste construite en 2001 à Denham, dans le comté de Buckingham, au nord-ouest de Londres.

Skywood House, façade nord-ouest (cliquer pour agrandir)

Skywood House, façade nord-ouest (cliquer pour agrandir).

L’architecte bâtit deux volumes adjacents. Le premier, au nord-ouest, se prolonge par une terrasse faisant face au lac et reçoit le soleil de l’après-midi et du couchant. Il abrite la cuisine, le salon et sa grande cheminée. C’est une salle sans cloison, si ce n’est un paravent escamotable qui permet de séparer la cuisine de la salle à manger. Le carrelage de la pièce se prolonge sur la terrasse, atténuant la démarcation entre espaces intérieur et extérieur.

Skywood House, façade sud-est (cliquer pour agrandir)

Skywood House, façade sud-est (cliquer pour agrandir).

Le volume sud-est, plus intime, est invisible depuis le lac, protégé des regards par un long mur. Il contient quatre chambres dont les vitres donnent sur le jardin et les bois. Les chambres, dont chacune dispose de sa salle de bain, sont desservies par un couloir qui travers le bâtiment.

L’entrée de la maison est située au point de contact entre les deux bâtiments. Une allée pavée, longeant un pare-terre de graviers noirs qui évoque un jardin minéral zen, la relie au garage, posé à l’écart.

Un geste architectural

Les principales contraintes auxquelles Graham Phillips doit faire face sont la faible surface constructible – le terrain est tout en longueur et essentiellement occupé par le lac – et la nécessité de préserver les beaux arbres présents sur le site. Il construit donc une maison de petites dimensions et constituée de plusieurs volumes s’adaptant à la morphologie du terrain ; une élégante maison de verre, sans étage, tirant parti du paysage.

Skywood House, principe de construction.

Skywood House, principe de construction.

Il pose une dalle de béton en bordure du petit lac. Sur celle-ci, il érige quatre lames de béton s’étirant dans des directions opposées : un signe dans l’espace, un graphisme abstrait qui n’évoque guère le plan d’une maison traditionnelle, quatre pans aveugles – les seuls murs de la construction.

Ceux-ci, aidés de colonnes métalliques, soutiennent les toits plats. Les autres façades, libérées de toute contrainte, n’ayant à supporter que leur propre poids, sont de vastes baies vitrées ouvrant sur la nature, les bois, le lac.

Une demeure expérimentale

La maison Skywood semble flotter sur le petit lac qui reflète sa blancheur immaculée et sa transparence de cristal. C’est au crépuscule, lorsque ses lumières jouent avec la surface de l’eau, qu’elle offre le plus saisissant spectacle.

Skywood House, de nuit (cliquer pour agrandir)

Skywood House, de nuit (cliquer pour agrandir).

Par sa conception audacieuse, son minimalisme affirmé, sa géométrie sans concession, c’est une demeure expérimentale, un manifeste d’architecte. En revanche, qu’elle soit une maison « à vivre », rien n’est moins sûr… sauf si ses occupants sont des adeptes du vide absolu et des maniaques de l’ordre le plus rigoureux !

Mondrian, composition n° 10, 1939-1942Vivre dans un Mondrian : c’est un peu le programme de la maison Schröder, construite à Utrecht, aux Pays-Bas, entre 1924 et 1925 par le designer et architecte Gerrit Rietveld. Cette demeure, aux dimensions modestes mais à l’esthétique radicale, emprunte au peintre néerlandais son vocabulaire plastique : de grandes surfaces blanches ou grises ; des notes vives de couleurs primaires, jaune, bleu, rouge ; des lignes verticales et horizontales noires qui forment l’ossature de la composition.

Mais Rietveld est architecte ; il travaille en trois dimensions. Aussi ne se contente-t-il pas de peindre sa construction : il en éclate le volume, morcelle les murs en plans rectangulaires plus petits qu’il agence dans l’espace. De grandes poutrelles métalliques fichées dans le sol soutiennent les porte-à-faux. Rietveld ne cherche pas à cacher ces éléments industriels bruts : il les montre au contraire, les met en évidence, peints en noir ou avec des couleurs vives.

Maison Schröder

Maison Schröder, façade (cliquer pour agrandir).

Il crée trois balcons, sur les faces libres de la maison (à l’arrière, un mur aveugle est adossé à un autre bâtiment). Deux des balcons sont munis de simples garde-fous en cornières métalliques. À celui de la façade, il ajoute un parapet qui semble presque flotter dans le vide. L’effet, saisissant, signe la construction.

Maison Schröder

Maison Schröder, angle sud-est (cliquer pour agrandir).

La maison Schröder est née d’une étroite collaboration entre Rietveld et sa cliente – et amante – Truus Schröder-Schräder, femme à l’esprit moderne et libéral, qui fréquentait l’avant-garde artistique et se passionnait pour l’architecture et la philosophie. À la disparition de son mari, elle décida de commencer une nouvelle vie, plus en accord avec ses idées et, tout d’abord, de faire construire pour elle et ses enfants une demeure originale.

Maison Schröder

Maison Schröder, angle nord-est (cliquer pour agrandir).

Si le plan du rez-de-chaussée est assez traditionnel, avec des pièces délimitées par des murs et des portes, le premier étage – où Mme Schröder-Schräder vivait et recevait – est un vaste espace ouvert que des cloisons coulissantes permettent de moduler au gré des envies et des besoins. Le mobilier et les luminaires ont également été conçus par Rietveld.

Maison Schröder

Maison Schröder, coté nord (cliquer pour agrandir).

J’agrandis ma collection de mobilier virtuel avec la chaise LC1, créée en 1928 par trois architectes et designers : Le Corbusier, son cousin Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand.

Chaise LC1, Le Corbusier, 1928.

La chaise LC1 (cliquer pour agrandir)

Les accoudoirs sont de simples courroies de cuir, tandis que l’assise et le dossier (orientable) sont tendus sur le cadre d’acier chromé par de longs ressorts, comme on peut le voir sur la seconde image :

Chaise LC1, Le Corbusier, 1928.

La chaise LC1 (cliquer pour agrandir)

Modélisation du fauteuil LC3, dit « grand confort », que Le Corbusier créa en 1929. L’alliance du cuir traditionnel et d’une structure moderne en tubes d’acier chromé constitue l’originalité de ce fauteuil aux lignes géométriques, qui est devenu une icône du design.

Prenez place – en imagination – sur ce siège luxueux ; vous aurez rarement l’occasion de le faire en réalité : édité par la société italienne Cassina dans sa collection « I Maestri », il coûte aux alentours de 3 000 €.

Je débute avec ce fauteuil une série consacrée au mobilier d’intérieur, dans le but d’utiliser ces modèles pour l’ameublement d’un nouveau projet d’architecture sur lequel je travaille en ce moment.

Fauteuil LC3, Le Corbusier, 1929.

Le fauteuil LC3 (cliquer pour agrandir)